movie

LA VIE REVEE DES ANGES


(1998) France

Comédie dramatique

1h45m Sortie le mercredi 16 septembre 1998 en salle

Long métrage en 35mm / couleur


Cinéphiles

Infos :


SUPPORT :
CLASSEMENT :





1998 - Prix d'interprétation féminine à Cannes pour Élodie Bouchez

1998 - Prix d'interprétation féminine à Cannes pour Natacha Régnier

1998 - Prix Méliès de l'Académie du Film

1999 - César du meilleur jeune espoir féminin pour Natacha Régnier

1999 - César de la meilleure actrice pour Élodie Bouchez

1999 - César du meilleur film

Brune, cheveux courts, enjouée, Isabelle débarque à Lille et y trouve un emploi dans un atelier de couture. Pas pour longtemps, ce travail n'était pas fait pour elle, et inversement. Mais il lui fait rencontrer Marie, blonde, partagée entre la douceur et une révolte capable de grandes violences. Il fait froid. Isabelle ne sait pas où dormir. Marie l'héberge…

Libération:
( le 16 eptembre 1998, par Gérard Lefort)

Cinéma du vécu? «La Vie rêvée des anges» convainc plus sur la forme que le fond.
Du social sans cheville ouvrière

Il serait vraiment injuste que la Vie rêvée des anges, premier long métrage d'Erick Zonca, pâtisse à lui seul d'un énervement montant pour une certaine tendance du jeune cinéma français. D'une part, parce que l'énervement, aussi salutaire soit-il, ne fait jamais office de pensée, d'autre part, parce la Vie rêvée des anges n'est que le prototype d'actualité d'une manière de faire propre à une pléthore de films récents (ou à venir) qui, quelles que soient leurs singularités autochtones, entretiennent tous ensemble un méchant air de famille. A savoir, un film techniquement parfait, superbement cadré par la presque inévitable Agnès Godard, impeccablement écrit, et, ça n'est pas rien, interprété à ravir, notamment par Elodie Bouchez et surtout Natacha Régnier qui n'ont pas volé leur double prix d'interprétation au festival de Cannes. Mais il ne faudrait pas que toutes ces excellences formelles aliènent quelques questions fondamentales, notamment celle du «à quoi ça sert?» puisque la Vie rêvée des anges se cale d'emblée dans la case du réalisme social. Plus profondément, il faudrait aussi se demander si les qualités du style ne rendent pas un brin opaque la désinvolture du propos.

La pauv'fille et la gentille. Isa, jeune femme en sac à dos (Elodie Bouchez), débarque à Lille avec ses petites combines de survie (pour l'heure, elle vend à la sauvette des cartes de Noël bricolées par ses soins). Sa route en zigzag croise celle de Marie (Natacha Régnier), elle-même dans un état de précarité proche du SDF (elle garde un appartement dont les propriétaires, une mère et sa jeune fille, sont hospitalisées dans le coma après un accident de voiture).

A priori de glace et de feu, les deux filles finissent par se mettre en amitié. Mais voilà que le désir s'en mêle: Marie s'entiche de Chriss (Grégoire Colin), jeune rupin viveur, jusqu'à tout accepter de lui - qu'il la baise plutôt de force que de gré, qu'il l'humilie, qu'il la plaque. Du coup, il y a du tirage dans le couple des filles. Marie, un peu pute, se durcit dans sa passion, Isa, un peu sainte, s'adonne aux visites à l'adolescente dans le coma dont elle a lu le journal intime. ça finira mal.

Quel réel? Quel vécu? Voilà ce que raconte la Vie rêvée des anges. Et pourquoi pas, bien que le cliché de la pauv'fille mortellement punie pour avoir désiré hors de sa classe sociale, et cet autre, non moins épais, de la gentille qui se miracule à la bonté, en disent beaucoup sur la chrétienté du film. Ce qui est plus dommageable, c'est la façon dont le récit hisse les couleurs du social, pour moitié comme un étendard (telle est ma gloire), pour l'autre, comme un drapeau blanc (ne tirez plus, je me rends). Ainsi de ces deux inserts dans le monde du travail «à l'ancienne» (le premier au début du film dans un atelier de confection, le deuxième à la toute fin dans une usine d'électronique) qui montrent Isa en ouvrière à la chaîne et dont on peut se demander de quelle étrange valeur Erick Zonca a voulu lourdement les charger puisqu'ils ont tous deux des manières de documentaire. Remords de la fiction et culpabilité de son auteur? Pense-bête à l'usage des spectateurs embourgeoisés? Sauf-conduit pour surfer sur la vague des films «à social»? Chantage au vécu? Prise d'otage au réel?

Mais quel vécu puisque ces «vraies» ouvrières n'ont le droit qu'à un strict minimum (syndical?) de consistance (à la lettre, des figurantes)? Et surtout quel réel, puisque tout cela est filmé, joué, mis en scène? Comme s'il s'agissait du comble du révolutionnaire de découvrir que la classe ouvrière bouge encore et qu'elle ne va toujours pas au paradis. Tu parles d'une audace! Ce n'est pas parce qu'on exhibe à la va-vite quelques icônes d'ouvrières qu'on signe un film de gauche. Ou alors si, mais alors: pauvre gauche.

Recette :
1 450 000 entrées en France

Présenté en compétition au 51e Festival de Cannes, ce premier long métrage d'Erick Zonca y fut récompensé par un prix d'interprétation féminine attribué à ses deux actrices. Auparavant, le réalisateur avait signé trois courts métrages : RIVES, ÉTERNELLES (Grand prix du festival de Clermont-Ferrand) et SEULE, qui était en quelque sorte une préfiguration de LA VIE REVÉE DES ANGES, à la gestation longue et difficile. D'abord intitulé "Croix", le scénario subit plusieurs remaniements de la part de son auteur, toujours insatisfait, qui dut ensuite élaguer au montage une première version de deux heures et demie, trop longue. Mais le titre définitif ainsi que le dénouement, contestés par certains, furent défendus jusqu'au bout. Le film représenta la France aux Oscars 1998 à Hollywood.