Présente

CRISS CROSS
Criss Cross
(1948)
  • Telerama :


Distribution

Burt Lancaster
Yvonne de Carlo
Dan Duryea
Tony Curtis
Stephen McNally
Richard Long
Esy Morales
Tom Pedi
Percy Helton
Alan Napier

Equipe de Tournage

Réalisateur ............................................ Robert Siodmak
Scénariste ............................................ Daniel Fuchs
Origine de scénario ............................................ Don Tracy
Directeur photo ............................................ Franz Planer
Décorateur ............................................ Bernard Hersbrun
Compositeur ............................................ Miklós Rózsa
Producteur ............................................ Michel Kraike
Monteur ............................................ Ted J. Kent

Sortie : 17 Juin 1949
Long métrage 35mm / noir et blanc
Genre: Policier,
Durée: 1h20m

Dans le quartier de Bunker Hill, Steve Thompson, s'apprête à participer à l'attaque de son propre fourgon blindé avec la bande de Slim Dundee. Il y a huit ans, Steve était revenu à Los Angeles avec le secret espoir - qu'il n'osait s'avouer à lui-même - de retrouver Anna, une femme dont il avait divorcé deux ans auparavant et dont il continuait de subir l'envoûtement. Ils avaient recommencé à se voir quand subitement Steve apprit le mariage d'Anna avec Slim Dundee, un gangster notoire…

Critique de Jacques Lourcelles (Dictionnaire du Cinéma) Tourné dans un climat de grande indépendance juste après la mort du producteur Mark Hellinger, bénéficiant du talent de collaborateurs librement choisis par Siodmak, cette « étude de l'avilissement d'un homme faible et passionné » (selon la formule de Borde et Chaumeton) est un des films noirs les plus cohérents dans son style et sa philosophie. Par ses thèmes d'abord : amour obsessionnel, violence froide et calculée, succession et entremêlement de trahisons (évoquées par le titre original), angoisse de la mort toujours proche. Mais surtout par l'apport du flash-back au fatalisme inhérent, au genre. Au bout de dix minutes de projection environ commence un flash-back amorcé par la voix off du héros, qui durera plus de la moitié du métrage total du film. La relation de ce flash-back envahissant avec le reste de la narration livre le secret de ce film, d'une grande partie de l'oeuvre de Siodmak et du film noir en général. Le présent n'y a pas d'existence propre. Il n'offre aux personnages aucune ouverture sur le futur, aucune liberté de manoeuvre, aucune liberté tout court. Il n'est qu'une impasse où aboutit inexorablement le passé, un prolongement, asphyxié et quasi posthume de ce passé. Les minutes que vivra le héros pendant le hold-up, l'angoisse des quelques heures qui suivront (admirable séquence de l'hôpital) découlent inévitablement de son amour obsessionnel pour Anna, lui-même ranimé, réincarné dans une série de rencontres fatidiques intensément détaillées par la mise en scène à l'intérieur du flash-back. Le personnage d'Yvonne de CarIo possède, au sein de la thématique du genre, une certaine originalité. Si elle occupe, dans l'intrigue, la fonction de femme fatale, elle n'en a guère l'aura, la magie lointaine, la fascination (sauf peut-être dans la scène de ses retrouvailles avec Steve). Anna représente avant tout l'expression d'un égoïsme à la fois mesquin et sauvage luttant impitoyablement pour sa survie dans la jungle des villes. Une version petite-bourgeoise de la femme fatale qu'on avait déjà entraperçue dans Double Indemnity. Pour ce qui est du décor, du nombre de lieux, c'est ici le film le plus épuré de Siodmak. Les endroits les plus banals lui conviennent. Il lui suffit d'un étroit couloir de bar donnant sur un plateau de danse, d'une anonyme chambre d'hôpital, pour projeter ses personnages dans cet univers irrespirable, déprimant parce que sans durée créatrice, auquel nous a habitués le film noir.

Recette :
Entrées en France : 643 000