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Présente


LES ACTEURS

(2000)
  • Telerama :
  • Jean Tullard :


Distribution

Pierre Arditi
Josiane Balasko
Jean-Paul Belmondo
François Berléand
Dominique Blanc
Claude Brasseur
Jean-Claude Brialy
Alain Delon
Gérard Depardieu
Albert Dupontel
André Dussollier
Michel Piccoli
Jean-Pierre Marielle
Claude Rich
Jean Yanne
Jacques François
Sami Frey
Michel Galabru
Daniel Cauchy
Laurent Gamelon
Serge Riaboukine
Franck de la Personne
Michael Lonsdale
Ticky Holgado
François Morel

Equipe de Tournage

Réalisateur ............................................ Bertrand Blier
Scénariste ............................................ Bertrand Blier
Directeur photo ............................................ François Catonné
Décorateur ............................................ Michèle Abbé-Vannier
Compositeur ............................................ Martial Solal
Producteur ............................................ Alain Sarde
............................................ Christine Gozlan
Monteur ............................................ Claudine Merlin

Sortie : 5 Avril 2000
Long métrage 35mm / couleur / 0 / Super 35
Genre: Comédie,
Durée: 1h45m

Paris, au cours de l'été 99, les acteurs André Dussolier, Jacques Villeret et Jean Pierre Marielle sont attablés dans un restaurant des Champs - Elysées. Ce dernier vient de commander au chef de rang, un pot d’eau chaude. Ce pot qui tarde à venir plonge Jean-Pierre Marielle dans un état de doute et d’inquiétude, intense. Ses complices n’hésitant pas à en rajouter sur la qualité de sa prestation…

Le point de départ. Sur un principe proche de ce film, j’avais donné à Michel Blanc l’histoire de Grosse fatigue, où des sosies prenaient la place des acteurs. En voyant le film, je me suis dit: «Merde, je lui ai filé une bonne idée!» J’avais donc envie d’y revenir, mais il fallait attendre un peu. Le principe de base est ludique: faire un film sur les acteurs français de cette tranche d’âge (50-70 ans). Comme amorce, je n’avais que Marielle et une histoire de pot d’eau chaude. Bien sûr, j’avais aussi un très fort désir: faire jouer mes vieux potes et découvrir ceux que je ne connaissais pas, soit les deux tiers du casting. Le vrai thème. J’aime l’idée d’en mettre plein la vue aux gens. J’aime aussi l’idée de passer, dans une même scène, d’un point A à un point C en ignorant totalement le point B. Dans les Acteurs, les personnages parlent d’eux sans arrêt mais on hésite: jouent-ils ne jouent-ils pas? On ne sait pas. Mais le vrai thème du film, c’est: est-ce que les acteurs s’arrêtent de jouer quand on dit: «Coupez!»? Je pense que non. Mais alors, qu’est-ce qu’ils font? De qui se moque-t-on? Il y a une scène dans un parking où, en effet, je fais dire des choses sur un certain cinéma français. Je me moque de tous ces films très noirs, tournés dans le Nord, sur des corons. Mais il ne faut pas le prendre pour un message sérieux. Ces films sont un fait d’époque et certains sont formidables. J’adore l’Humanité, par exemple. Je pointe le côté grégaire du cinéma français. Avant, le cinéma du type Vadim avec grosses bagnoles et beaux costards, c’était tout aussi grégaire et gonflant. C’est toujours pareil: par exemple, c’est plus marrant de se moquer de la gauche que de la droite parce que c’est la gauche qui a le pouvoir. Une génération. C’est un film assez nostalgique, sur la disparition des acteurs en tant que personnes, ce qui me touche évidemment. Il y a quelque chose d’oppressant dans ce tableau: une immense fragilité générale. Ce sont des hommes que l’on sent en danger. Cette génération d’acteurs au-delà des cinquante ans est dans le patrimoine français. Tout le monde connaît Jacques François, même si peu se souviennent de son nom. Sans les connaître personnellement, j’étais intime avec Piccoli et Belmondo avant de leur serrer la main. Accords de Grenelle. La part du casting dans le budget du film n’est pas tellement plus importante que dans une production classique. En tout, les Acteurs a coûté 55 millions. Il y a eu comme des accords de Grenelle entre les agents d’acteurs pour que tout ça reste à peu près démocratique. C’est une qualité du cinéma français: on a des rapports pas trop cons entre nous. Le système d’intéressement aux recettes a été retenu et il n’y a pas eu de caprices particuliers. Les mentalités ont changé depuis Gabin, qui voulait être payé trois semaines pour trois jours de travail. Le jeu de la vérité. Je me suis plutôt mis dans la peau d’un spectateur et de ce qu’il croit savoir des vedettes: évidemment, j’en sais plus que ce qu’on dit dans le film… Mais Villeret et d’autres ne cachent pas être bons buveurs: dans ce métier, on considère que l’alcool bonifie! Jean-Claude Brialy (en ménage avec Arditi dans le film et auquel Blier fait dire «Je ne jouerais jamais le rôle d’un vieux pédé!», ndlr) a été très bouleversé par son rôle. C’est le plus exposé. Un esprit français? A certains égards, les Acteurs est un film de patrimoine. Je crois que je le dois à Alain Resnais et à On connaît la chanson. Ça m’a scié le cul, non seulement qu’il le fasse mais qu’en plus, ça marche si bien. Et là encore, c’est ce que j’appelle un film de patrimoine. On a ce problème d’identité dans le cinéma français: est-ce que ça existe encore, est-ce que ça vaut la peine? La réponse est oui, mais il faute être très hexagonal et rester auteur, c’est ça le secret. Ou alors faire du cinéma d’attraction, façon Titanic. Recueilli par OLIVIER SÉGURET

Critique de Olivier Ségurat (le mercredi 5 avril 2000 ) Selon une vieille théorie toujours valable, autrefois développée par Serge Daney, il y aurait deux chemins possibles pour devenir cinéphile : en passant par le cadre ou en passant par les acteurs. On connaît ainsi des amoureux du cinéma qui peuvent décrire dans le moindre détail un travelling chez Hitchcock, mais sont incapables de se souvenir quel acteur en est le centre. Inversement, on a vu des fans débiter les filmographies entières de comédiens obscurs sans être fichus de citer le nom d’un cinéaste les ayant mis en scène. Généralement, l’expérience cinéphile consiste à laisser à la vie le temps de faire se rejoindre ces deux bouts du cinéma, l’intérêt des maniaques de la scénographie convergeant peu à peu vers les acteurs et vice-versa. Bord génétique. Bertrand Blier, lui, est né du côté des comédiens : c’est son bord naturel et génétique, dont son père Bernard a en quelque sorte décidé. Avec les Acteurs, il a tourné le film auquel il était condamné, où il synthétise son propos en un seul tableau, comme au terme logique d’une boucle que son cinéma dessine depuis toujours. Car Bertrand Blier n’a, au fond, jamais fait autre chose que ça : regarder le cinéma français. Ils sont donc tous là ou presque, seigneurs et barons de la génération «quinqua-septua» : Marielle, Dussollier, Rich, Brialy, Arditi, Depardieu, Piccoli, Villeret, Berléand, Brasseur, etc. Mais encore Balasko, femelle égarée. Mais enfin Delon et Belmondo, plus guests que stars. Ils sont tous plus ou moins dans leur propre rôle. Ils sont perçus comme depuis la vitre d’une ménagerie de totems, animaux familiers blanchis sous le harnais d’un «cinémonde» français complexe, grognard, anormal, attachant, décevant, perdu, comique, tragique et blême. Selon un principe qui emprunte autant au jeu de la vérité qu’à celui de la rumeur, ces personnages tautologiques se jettent à la gueule des considérations réalistes quant à leur talent, leur carrière, leur vie. Astre fantôme. Tout jeu de la vérité a ses limites, et si Blier ne franchit pas celles de l’aigreur ou du ressentiment, il tient à rester sur le fil d’une certaine mélancolie, ne se privant pas de laisser le désespoir rôder sous la plaisanterie. D’ailleurs, le plus fort et le plus émouvant épisode du film, celui où il atteint son point de basculement, ne concerne aucune des têtes de bétail du grand troupeau masculin français. C’est d’un astre fantôme qui surgit, une étoile éclipsée, éloignée par un système qui n’est pas simplement pittoresque mais broyeur : l’actrice Maria Schneider, grande brûlée de ce petit milieu, à laquelle Blier permet un retour bouleversant. Lorsqu’elle apparaît, un trouble cruel se fait jour, doublé d’un suspense douloureux : jusqu’où mettra-t-elle, elle aussi, ses cartes sur la table ? Le chavirage qui menace n’est plus du registre du non-sens et de l’ironie. On frôle là un malaise qui est aussi un vrai bloc de cinéma, au nom duquel on pourra tranquillement reprocher à Blier la fin qu’il a choisie pour les Acteurs, hommage passéiste au cinéma de papa. Pour le reste, très soigné dans sa mise en scène, le film rappelle le meilleur Blier, celui de la Femme de mon pote (le plus beau rôle jamais donné Coluche) et de Buffet froid. Imaginer que les Acteurs n’est qu’une grosse comédie serait donc un peu court : au-dessus de la mêlée un cafard explosif est à l’œuvre dont Bertrand Blier, cinéaste à la fois moderne et nostalgique, est l’anxieux artificier.

Recette :
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